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    Maurice Raichenbach

    Pierre Blum

 

v Maurice Raichenbach (1915-1998)

Maurice Raichenbach (Maurycy Rajchenbach) est né le 12 mai 1915 à Powązki près de Varsovie (Pologne) dans une famille juive. Il était benjamin dans une famille de six enfants. A l’âge de 4 ans il perd sa mère. Son père, relieur, décide de partir pour la France et ainsi en 1923 la famille Raichenbach se retrouve à Paris.

A l’âge de 10 ans suite à une rencontre d’un joueur de dames (Paul Greitzer) dans le quartier juif le Marais le jeune Maurice se met à jouer. A 14 ans il devient champion du club "Damier de la Seine". Il rejoint ensuite le prestigieux "Damier parisien". En 1931 lors du tournoi comptant pour le championnat du monde il se place 4/5 derrière M.Fabre, S.Bizot et I.Weiss. Il défie le vétéran marseillais Marius Fabre, champion du monde en titre en 1932 sans succès, pour devenir en 1933 à l’âge de 18 ans (!) contre le même Fabre, Champion du monde. Grâce à cette performance hors du commun il est naturalisé Français (novembre 1934). Il fait des tournées en France et à l'étranger, séjournera aussi à Ambert chez Dr Molimard. 

M.Raichenbach-M.Fabre, Championnat du monde 1933

Le "Mozart du damier" défendra le titre jusqu’à la guerre successivement contre Keller en 1934, Vos et Vaessen en 1936, Springer en 1937 et en 1938 encore une fois contre Keller avec une facilité déconcertante.  Son style est difficile à cataloguer, très intuitif dans son approche de position, s'adaptant au jeu de l'adversaire et attendant d'en découvrir une faille. Fabre confiait volontiers que M.Raichenbach lui rappelait un autre damiste du genre Woldouby...

Lors du match Vos-Raichenbach (assis à droite), 16 janvier 1936

voir le document vidéo 1936

Pendant la guerre il est mobilisé en 1940, après la capitulation rentre chez lui et essaie de survivre, s’est fait prisonnier pendant quelques mois à cause de faux papiers. Heureusement son identité juive n'est pas découverte. Son compagnon d'affaire rachète sa liberté et Maurice se réfugie dans la zone libre jusqu’à 1945 aidé entre autres par les gens qui connaissaient ses exploits damistes. 

Tout de suite après la guerre en mai 1945, suite au manque d’entraînement son titre lui est enlevé par le lillois Pierre Ghestem, dernier champion du monde français.

Après cet échec et à cause des obligations professionnelles Maurice Raichenbach abandonnera la compétition. Il continue cependant à jouer, passera à Lyon en janvier 1947 pour disputer quelques parties amicales et donner une simultanée le 12 janvier 1947. 29 parties (22 gagnées, 7 nulles) seront disputées en 3h 40 ce qui donne selon le minutieux calcul de Marcel Bonnard 7 minutes 35 secondes par partie. 

Voici la partie amicale contre M.Bonnard tirée des archives du D.L.

11 janvier 1947, Bonnard-Raichenbach 0-2

Maurice Raichenbach réapparaîtra pour la dernière fois sur la scène internationale en 1950 pour affronter en match amical le néerlandais Piet Roozenburg champion du monde de l'époque s'inclinant dans un match en 3 parties : première perdue et deux autres nulles.

Il mourra le 1 mars 1998 à Garches (Haut-de-Seine).

Voici comment M.Raichenbach et son manager Max Werschoub commentaient le match contre B.Springer en 1937 dans la revue française du Jeu de Dames d'Albert Lecocq n°59 d'août 1937 :

Maurice Rajchenbach :

" Springer a un jeu très spectaculaire ; il accepte volontiers d'entrer dans des parties difficiles, ce qui amène des parties très jolies et fort intéressantes. Je pense qu'il avait toute sa forme pour jouer ce grand match, étant donné qu'il venait de gagner un tournoi contre Keller, champion de Hollande. Springer est très fort dans les débuts et les fins de partie, mais il a eu des faiblesses dans ses milieux de partie. C'est un joueur très sportif. Lui comme moi avons été incommodés par la chaleur. Il serait, souhaitable, à l'avenir, que de tels matches soient organisés de préférence en demi-saison. Pour résumer ce championnat, je pense que j'ai eu un avantage beaucoup plus net que ne le reflète le score. Je remercie la Fédération hollandaise de son accueil ; l'organisation fut parfaite en tous points. Quant au public, il est nombreux. sportif et éclairé. Enfin, mon séjour en Hollande fut très agréable."

Lors d'une réception à Amsterdam

Max Werschoub :

"Je ne suis arrivé en Hollande qu'à la 14e partie. Ce qui frappe de suite, c'est l'intérêt considérable que les Hollandais ont pour ces grands tournois. Toute la presse en parle abondamment ; la radio donne des résultats détaillés, les photographes des services de presse défilent constamment. En France, le jeu de dames ne dispose malheureusement pas de tant de moyens de diffusion. Concernant le match, je suis convaincu que mon ami Rajchenbach n'a pas donné le meilleur de lui même. Certaines parties n'ont pas été jouées sérieusement par lui. Il lui fallait une défaite pour le stimuler ; ainsi on a pu le voir, le lendemain d'une partie perdue, prendre sa revanche en gagnant à son tour une partie.

Rajchenbach n'a qu'à 22 ans, c'est-à-dire que s'il a les qualités de la jeunesse, il en a aussi les défauts...

Il serait intéressant de découvrir un joueur plus fort que Springer, pour savoir quelles sont les limites extraordinaires de Rajchenbach !

Se prêtant au jeu simultanée

Pour illustrer l’immense talent de Maurice Raichenbach, son style de jeu novateur à l’époque, voici quelques parties de sa fulgurante ascension dans le monde damiste:

 

Championnat du monde1933, Fabre-Raichenbach 0-2
Championnat du monde 1934, Keller-Raichenbach 0-2

 

Championnat du monde 1936 contre Vos

Maurice Raichenbach, Borculo 1937 (tiré de la revue Het Damspel 1937)

Voici le reportage du championnat du monde 1937 publié dans le n°59 de la revue Lecocq citée ci-dessus.

MOMENTS TYPIQUES 

du Match Rajchenbach-Springer

Deuxième partie - Position après le huitième coup des noirs

SPRINGER-RAJCHENBACH 2-0

Springer tenta la faute par :

9. 34-29, 23x34 ; 10. 39x30, offrant le gain de pion classique. 10. 24-29 ; 11. 33x24, 22x33 12. 38:29 20-25 13. 29-23 ! 18x20 14.31-27, 25x34 ; 15. 27-22, 17x28 ; 16. 32x25 et les blancs gagnent le pion 34.

Cette riposte des blancs était inconnue en France, mais avait déjà été publiée en Hollande. D'ailleurs elle figure dans l'ouvrage de De Jongh et elle y était déjà imprimée lorsque Springer l'exécuta. 

 

 

 

Troisième partie - Position après le quarante-cinquième coup des noirs.

RAJCHENBACH-SPRINGER 1-1

Rajchenbach joua 46. 22-17 et fut surpris par la réponse inattendue de Springer qui joua

46.    8-12 47. 17x8 20-24 48. 29x20, 10-14 ; 49. 20x9, 4x2. Et cette fin de partie n'est pas gagnable, malgré la supériorité numérique des blancs

D'après les techniciens, 46. 11-7, suivi de 7-1, 22-17 etc. doit donner le gain aux blancs.

 

 

 

Quatrième partie - Position après le cinquante quatrième coup des noirs.

SPRINGER-RAJCHENBACH 1-1

La partie semble ici perdue pour les blancs. Springer découvrit cependant une nulle inespérée :

55.24-19 37x48  56. 15-10 4x15 57.19-13 9-14 58.13-8 48-30 59. 8-2, 30-34 60. 2-13 remise.

 

 

 

 

 

Cinquième partie - Position après le cinquante-troisième coup des blancs.

RAJCHENBACH-SPRINGER 1-1

Encore une nulle miraculeuse de Springer:

53.    13-18 ! 54. 23x12 17:8 55.26x17 27-31 56.17-11 31-36 59. 18-12 14-19 ! 60. 24x13 41-47 62. 13-8, 36-22 ! Remise.

 

 

 

 

 

Huitième partie - Position après le trente quatrième coup des blancs.

SPRINGER-RAJCHENBACH 0-2

Les noirs jouèrent 34.    9-14 tentant la faute et forçant à peu près le gain 35.32-27? 22x31 36.26x37 17-21 37.16x27 25-30 38.34x25 18-22 39.27x18 12x45 40.44-40 45x34 41.39x30 20-24 les blancs abandonnent.

 

 

 

 

 

 

Onzième partie. - Position après le cinquante-septième coup des blancs.

RAJCHENBACH-SPRINGER 2-0

Voici la finale extrêmement brillante de cette partie :

57.    17-22 58.30-24 22-27 59. 32x21 16x27  60. 23-18 27-31  61. 48-42 31-36  62.18-12 41-46  63.12-7 36-41 64.7-1 14-19* 67.2-35 ! Les noirs abandonnent.

 

 

 

 

 

Treizième partie. - Position après le quarante-cinquième coup des noirs.

RAJCHENBACH-SPRINGER 0-2

Moment décisif de cette partie, où Springer force le gain du pion :

46. 48-42 18-23  47. 45-40 15-20 48. 36-31* (si 48.37-32 22-28  49. 33x31 26x48 50. 39-34 48x30 51 25x34 23-29, etc. gagne si  48. 40-34 23-29 49. 34x23, 19x28, etc. gagne).

48.    27x36  49. 38-32, 23-29 ! Les noirs gagnent.

 

 

 

 

Seizième partie. - Position après le vingt huitième coup des blancs.

SPRINGER-RAJCHENBACH 0-2

Rajchenbach joua 17-21 qui force à peu près le gain du pion. Springer commit la faute de jouer 42-37 En voici les conséquences : 29.    21-27 30. 22x31 13-18  31. 23x12 11-17  32. 12:21, 16x47. 

Les noirs gagnèrent après une fin de partie assez longue.

 

 

 

 

 

Vingt et unième partie - Position après le quarante deuxième coups des blancs

RAJCHENBACH-SPRINGER 2-0

Exemple typique d'avantage dans une position de milieu de partie, de 10x10

Aux noirs de jouer, ils ne peuvent éviter la perte de la partie. Les blancs menacent 37-31 etc. gagnent si  42.    19-24 43.30-19 23x14 44. 34x1 gagne

Dans la partie les noirs jouèrent 42.    7-12 43.37-31 26x37 44.32x41 23x21 45.34x14 25x34 46.40x29 etc. gagne.

Nous auront l'occasion d'y revenir, dans nos prochains numéros, sur ces magistrales parties du championnat du monde.

 

Note webmestre : Je dédie cette biographie à Maria Moldenhawer-Frey

 

v Pierre Blum (1904-2002)

Venu à Lyon en 1940 de Paris où Pierre Blum fut membre du Damier parisien et déjà excellent joueur (4e au championnat de France en 1938 derrière 1.Herman De Jongh, 2.Adrien Champin, 3.Pierre Ghestem mais devant 5.Li-Tchoan King, 6.Georges Malfray, 7.Roger Serf, 8.Roger Colbe, 9.Pierre Pérot, 10. René Fankhauser), Pierre Blum devint champion de Lyon en 1946 et la même année à Lyon, Champion de France. 

 

 

 

Photo tirée de la revue Lecocq

transmise par S.Faucher.

CHAMPIONNAT DE FRANCE 1946, Lyon 2-11 juillet (6, place Gabriel Péri)

  Participant 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Pts Coef Adv Pl
1 Blum Pierre   1 2 1 1 1 0 1 1 2 2 1 1 1 1 1 2 19 1/1875 3 1
2 Verse Abel 1 0   1 1 1 2 1 1 1 1 1 1 1 2 2 2 19 1/1875 1 2
3 Dionis Pierre 1 1 1 1   2 0 0 1 1 1 0 2 1 2 2 2 18     3
4 Mélinon André 1 2 1 0 0 2   1 1 1 0 2 2 1 1 0 2 17     4
5 Bonnard Marcel 1 1 1 1 2 1 1 1   1 1 1 0 1 0 1 2 16 1   5
6 Fankhauser René 0 0 1 1 1 1 1 2 1 1   1 0 1 2 2 1 16 1   5
7 Pérot Pierre 1 1 1 1 2 0 0 0 1 2 1 2   1 1 2 0 16 1   5
8 Mérono Joseph 1 1 1 0 1 0 1 1 1 2 1 0 1 1   1 0 13     8
9 Mélinon Antoine 1 0 0 0 0 0 2 0 1 0 0 1 0 2 1 2   10     9

10. Georges Post, absent

Il confirma le titre de champion de Lyon en 1947 avant de regagner Paris. 

Marcel Bonnard dans le rapport moral du D.L. de 1948 écrivait : "Nous avons regretté le départ pour la capitale en juin 47 de notre champion de l'année, Pierre Blum, reparti pour Paris après un séjour de 7 ans dans notre ville où il avait acquis l'estime de tous par sa correction aussi bien que par ses résultats".

A Paris, Pierre Blum rejoignit de nouveau le Damier parisien dont il devint président en 1951. Il participa au championnat de France à Paris en 1953 et se plaça 4/5. Il démissionna de son poste du président du D.P. et quitta le monde de compétition en 1954. Cependant la passion du jeu ne le quitta jamais. Il mourut à Paris le 30 octobre 2002 à l'âge de 98 ans.

Voici la partie contre le champion de France 1945, son collègue du D.L. René Fankhauser

Une analyse magistrale de M.Bonnard, tirée de L'Effort n°6 p.9, 1949

CHAMPIONNAT DE FRANCE 1946

Fankhauser-Blum 4e ronde

Début 1.33-29 19-24 2.39-33 14-19 3.44-39 ces trois premiers coups constituant une ouverture favorite de Fankhauser, 3.    17-21 4.32-28 20-25 5.29x20 25x14, la suite habituelle, puis 6.37-32 21-26 7.41-37 11-17 8.50-44 17-22 9.28x17 12x21 10.47-41 21-27 11.32x21 26x17 les Noirs cherchant à se réserver des temps et la liberté d'action sur les deux ailes par ces pionnages en arrière. Puis Blum vient au centre par 19-23 tandis que Fankhauser monte une attaque Roozenburg par 35-30  33-29 38-33 40-35, etc.

Au 40e coup, dans la position ci-dessous

cette attaque subsiste bien qu'avec un matériel réduit, sur l'aile droite des Blancs, c'est plutôt une partie de "pion taquin" de part et d'autre (aux cases 24 et 27)

Sur 40.33-28 8-12 41.28-22 27-32 42.37x28 18x27 43.42-37 21-26 Fankhauser semble cependant prendre l'avantage en jouant 44.28-23! Toutefois, la forte position du pion noir 27 compense la faiblesse de leur aile gauche. D'autre part il y a question de temps qui se pose avec plus d'acuité après 44.    2-7! 45.40-34 14-20 46.39-33 13-18 Là, il n'y a rien de mieux, en effet, que le pionnage en arrière 37-32. Si les blancs le faisaient précéder du 2 pour 2 par 37-31, pour continuer par 46-41, 37-32, le pion noir 7 reviendrait à 21, menaçant d'avancer à 27, et la nulle serait probable.

Après 47.37-32 27x38 48.33x42 7-11 49.42-38 11-17 50.41-37 17-22 51.38-33 16-21 on arrive à la position suivante

où ce sont les Blancs qui paraissent menacés, ne pouvant jouer 37-32? En réalité, leur position est supérieure à celles des Noirs , du fait de la situation des pions 23 et 24.

Ils jouent donc 52.46-41, mais sur 4-10! au lieu de continuer par 53.24-19! avec avantage, livrent, par 53.37-32? le coup 22-28 54.33x13 12-18 55.23x12 21-27 56.32x21 26x39 gagnant le pion et passant à dame. Bien que les Blancs passent aussi à dame, et qu'il n'y ait qu'une différence d'un pion, Blum s'assure le gain par un jeu impeccable, dans cette fin de partie d'une dame 3 pions contre une dame 2 pions, arrivant à faire une seconde dame au 75e coup, si bien que Fankhauser abandonne au 80e, après 5 heures 47 de lutte, temps qui bat le record de 5 heures 26 de la partie Bonnard-Blum de la première ronde. Cette fin de partie mérite d'être donnée

et les Blancs abandonnent

(A) Sur 18-13 (au lieu de 18-12 jouée) 20-24 13-9? gain rapide par 10-14 et 50-28X

Une des parties les plus curieuses et les plus intéressantes du tournoi.

  

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Dernière modification : 13/11/2007